Me voilà de retour, après une absence de quelques mois, due à… pas de temps pour écrire des bêtises. Non pas que j’ai manqué à qui que ce soit, je ne me fais pas d’illusion. Mais ça me démangeait à nouveau, et comme souvent cette année lorsque ça gratouille, c’est qu’il y a un flan. Promis un jour je reviendrai aux articles de fonds sur Bitcoin ou Cao Cao.

Et l’actualité ces derniers jours, ce n’est pas la cote de popularité de François Hollande qui, tel les taux directeurs des banques centrales, flirte dangereusement avec le négatif, mais les manifestations de policiers qui se sont produites quasi-quotidiennement en France sur la fin du mois dernier. Manifs “sauvages”, voire “illégales”, pour certains fascistes gauchistes particulièrement bruyants sur les réseaux sociaux et qui ne s’émeuvent pas tant d’autres manifestations tout aussi “sauvages” et “illégales” qui sont pourtant monnaies courantes dans une France qui, selon certaines sources bien informées, serait en état d’urgence depuis presque un an maintenant. D’autres semblent y déceler les prémisses d’une révolte populaire qui serait provoquée par la perte du contrôle de la police par le pouvoir.

tweet_police_gauchiste
Un exemple de tweet tout en subtilité et pas du tout outrancier

Toujours est-il qu’après la journée qui a vu à la fois une manifestation “officielle” et une “officieuse” quasiment de la même taille, ce qui illustre bien la légendaire représentativité des syndicats français, leur ministre (pas de majuscule, c’est volontaire) de tutelle, un certain Cazeneuve, leur a promis tout plein de choses dans une sorte de touchante liste à la Prévert version sécuritaire : des casques, des armes, des voitures, et même des tenues ignifugées, c’est pas cher c’est l’État qui paie ! Et 250 millions d’euros ! 250 MIYONS !!! Ça en fait un sacré paquet de pognons ça mes petits amis. Mais c’est pas cher, c’est etc.

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C’est pas cher, c’est l’Etat qui paie

Ces équipements et cette rallonge de budget étaient peut-être nécessaires, honnêtement, je n’en sais rien, vu l’état de déliquescence avancée de tout ce qui relève du régalien en France (et non, la Kultur n’en fait pas partie), cette hypothèse est crédible : après tout, pourquoi l’Intérieur aurait-il quoique ce soit à envier à la Justice ou à la Défense de ce point de vue ?

Non, ce qui m’intéresse ici, c’est que cet énième soubresaut d’un régime à l’agonie (en tout cas le diagnostic de mort cérébrale est fermement posé) révèle une nouvelle fois l’atomisation des Français dans leur ensemble et la façon dont le pouvoir continue à les mener par le bout du nez. Une fois de plus, c’est une catégorie de population bien distincte et identifiée qui manifeste pour ses conditions de travail, et qui va sans doute rentrer dans le rang maintenant que le gouvernement leur a lancé un os à ronger.

Je ne nie pas le malaise à l’origine de ces manifestations, ni leur spontanéité, qui me semble plus crédible que celle des manifs de plus en plus fréquentes d’antifa fils de prof de socio du 16ème arrondissement. Même s’ils devaient en rester là après les cadeaux et les câlins que leur a promis Cazeneuve, je ne me sens aucunement le droit de les juger. Je ne minimise pas les manifestations de sympathie d’autres catégories de populations, y compris des citoyens lambda. Mais fondamentalement, je pense que ces manifestations sont un signe de plus de la désintégration de la société française.

Ce qui me fait dire ça ? Les motivations d’abord. Les policiers sont descendus dans la rue parce qu’ils se sentent en danger et peu soutenus par leur hiérarchie et par le pouvoir. Ils sont, sans doute, aussi épuisés par la charge supplémentaire que représentent Vigipirate et la protection des VIP depuis au moins 2 ans maintenant. Tout cela est très légitime, mais d’aucuns remarqueront qu’on n’y voit guère le rapport avec le citoyen lambda, propre sur lui et solvable, qui a pourtant de plus en plus l’impression d’être la cible quasi-exclusive des opérations de maintien de l’ordre, en particulier sur la route. Celui qui aura été gentiment bousculé lors des Manifs pour tous ou du mouvement des “veilleurs” il y a de cela quelques années pourrait légitimement se sentir peu concerné par les problèmes d’une police qui reste, au corps défendant de certains de ses membres peut-être, la gardienne d’un ordre de moins en moins sûr de sa légitimité, et le rempart des pourritures qui sévissent désormais à tous les niveaux de l’État français. Il ne semble pas que les récentes manifestations aient fondamentalement remis leur loyauté en question.

Ensuite, les revendications et surtout la réponse qui leur a été apportée. On relève la justesse de certains constats, notamment celui d’une légitime défense trop restrictive et complexe pour réellement s’appliquer sur le terrain, ainsi que celui d’un effritement de l’autorité de la police. Les manifestants réclament donc logiquement un assouplissement des règles de la légitime défense, ainsi que diverses mesures destinées à mieux les protéger et à renforcer leur autorité, toutes choses que le gouvernement s’est empressé de leur promettre. Mais je ne crois pas avoir entendu à l’occasion de ces manifestations que la légitime défense devrait être assouplie pour TOUS les citoyens, et pas seulement les agents assermentés. De même, il ne me semble pas avoir entendu de policiers protester que l’autorité découle de la légitimité, et que tenir en respect par la force et l’intimidation n’a rien à voir avec être réellement respecté. Le gouvernement s’empresse donc d’apporter les mauvaises réponses à des problèmes mal posés par les principaux intéressés. Mauvaises, car une fois passé le bref instant de grâce où policiers et citoyens arrivent à une forme superficielle d’unité dans l’expression du malaise globale de la société française qu’ils sentent tous de façon confuse, elles ne feront que renforcer le ressentiment des uns et des autres, par exemple lorsque le gouvernement exigera des policiers équipés avec leurs nouvelles règles de légitime défense et leur tenue ignifugée qu’ils aillent charger des manifestants inoffensifs mais signalés “de droite”, probablement les mêmes qui les acclament aujourd’hui dans la rue et, comble du raffinement, seront ceux qui paieront demain les 250 millions promis.

La France actuelle représente une forme de stade ultime et paradoxal de la tyrannie, paradoxal car bien que l’État et ses représentants soient faibles et discrédités comme peut-être jamais auparavant, ils n’ont peut-être également jamais eu autant de pouvoir sur chacun d’entre-nous, et surtout été si peu contestés sur le bien-fondé de ce pouvoir. Délaissant le rôle traditionnel de Léviathan qui s’impose face aux individus et à leurs intérêts antagonistes par la force brute, l’État français s’impose comme intermédiaire incontournable entre pillards et pillés et accroît son pouvoir en s’appuyant sur l’équilibre des appétits et des rivalités des uns et des autres. Comble du raffinement : chacun est à la fois pillard et pillés sans toujours très bien comprendre dans quelle proportion.

Jamais la définition de l’État par Bastiat, “la fiction à travers laquelle tout le monde s’efforce de vivre aux dépends de tout le monde”, n’a été si littéralement exacte que dans la France d’aujourd’hui. Le coup de génie de l’État est d’avoir réussi à faire croire à tous qu’ils auraient quelque chose à perdre à son affaiblissement, et au contraire tout à gagner à son renforcement, et d’avoir ensuite organisé la grande lutte de tous contre tous pour obtenir quelques miettes du gâteau. J’ai bien peur que l’épisode des manifestations de policiers d’octobre 2016, et surtout son mode de gestion par le gouvernement, ne soient que le dernier exemple en date de cette situation.

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