Dans mon précédent billet, je me livrais à un pur exercice de pensée, totalement littéraire et gratuit, visant à montrer que, peut-être, de façon tout à fait prudente, il serait possible de trouver certaines similitudes – et je m’empresse de le dire, “comparaison n’est pas raison” – entre les théories et les pratiques politiques des élites dirigeantes du Falanxi et certain(e)s dictateur(e)s italien(ne)s et allemand(e)s (que diable, assez de sexisme, les femmes nous ont bien montré qu’elles aussi pouvaient imposer brillamment leur leadership sur des hommes) du siècle dernier, qui, quoique souvent critiqués pour avoir fait un certain nombre de convertis au corps froids, ont aussi, il faut bien le dire, ce n’est pas assez mis à leur crédit, protégé leurs peuples des méfaits du méchant, nécessairement méchant et surtout discriminant capitalisme.

Veuillez excusez le style légèrement tortueux de cette introduction, mais je ne voudrais surtout pas être accusé de blesser la sensibilité de ceux parmi mes lecteurs qui pourraient se sentir proches des courants politiques, tout à fait respectables par ailleurs, que l’on discrédite fort injustement en les subsumant sous l’épithète péjorative de fasciste. Après tout, cette famille politique a clairement le vent en poupe non seulement dans le Falanxi, où à ce rythme il sera bientôt non seulement avouable, mais même respectable de vouloir faire taire ses contradicteurs à coups de bottes cloutées sur le museau, mais aussi dans d’autres pays proches culturellement, tels que le Pays du Grand Mouton (羊大国, meiguo), dont je n’ai jamais encore vraiment parlé ici.

Encore une fois, je regarde tout cela du neutre point de vue d’un étranger qui, n’ayant pas grandi au sein de vos cultures millénaires, ne se permettrait absolument pas d’en juger le bien fondé et la haute moralité. En particulier considérant les risques de plus en plus importants qu’il y a à ouvrir son bec pour dire des choses non approuvées par l’empereur et ses augustes eunuques.

Le Pays du Grand Mouton est un lointain royaume à la superficie fort étendue, dont les habitants se nourrissent essentiellement d’une sorte de pain fourré à la viande, assez semblable à nos 夹肉饼, qu’ils appellent 汉堡包 (hanbaobao, essayez de le prononcer la bouche pleine, l’illusion est totale), sujet inépuisable des moqueries des sujets de l’empereur du Falanxi. Autrefois remarquable par sa jeunesse revendicative, à l’avant-garde de la résistance à l’oppression, en particulier gouvernementale, il est aujourd’hui le théâtre d’autres scènes de résistance infantile juvénile à une oppression autrement plus ridicule insidieuse : les soirées costumées non-respectueuses des minorités, en particulier raciales ethniques et sexuelles genrées.

Pensez-vous donc ! Des étudiants de la prestigieuse université de Yale pourrait être choqués, que dis-je, (micro-)agressés : combien de sorcières, de fantômes, de vampires, ou de zombies (surtout les zombies !) abusivement discriminés par des stéréotypes racistes lors des soirées d’Halloween !

Il était temps que cela cesse, et que les professeurs prennent à cœur leur véritable mission, qui n’est pas de créer un espace stimulant intellectuellement et enrichissant, ni de permettre à leurs disciples de mûrir et de devenir des adultes responsables et intellectuellement solides (encore un idéal discriminant tiens !), mais de faire des universités des safe zone mielleuses et ouatées, engluant tous les coins de table de l’existence sous des tonnes de caramel fondant pour être bien sûr qu’aucun bambin jeune adulte ne blesse ses petits sentiments.

Et si jamais l’un de ces adorables chérubins rencontrait un méchant réactionnaire, dont la seule existence est ressentie comme une insupportable agression, il sait qu’en pleurnichant et en tapant du pied très fort, ou en se regroupant en meute pour vociférer et réclamer la démission de l’impétrant, il finira par obtenir gain de cause.

J’ai cru comprendre que c’était de cette université, entre autres, que sortaient les eunuques appelés à assumer les plus hautes responsabilités dans le Pays du Grand Mouton. Encore une ou deux générations, et ces derniers auront peut-être atteint le niveau aujourd’hui considéré comme standard dans le bon empire du Falanxi, dont les opérations d’hontectomie font aujourd’hui l’admiration du monde civilisé.

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