Cet article ne s’adresse pas aux vieux briscards qui ont pris part aux débats de ces dernières années, ils connaissent probablement les arguments développés ici sur le bout des doigts. Non, cet article est destiné avant tout aux nouveaux venus dans le monde de Bitcoin et à ceux qui ne sont pas encore là mais nous rejoindront dans les années à venir.

L’objet du présent article est de leur proposer un exposé à la fois complet et accessible de la position de ceux que l’on appellera par simplicité les petits blocistes. En effet, je n’aime pas spécialement ce terme car la taille des blocs n’a au fond jamais été l’objet du débat, dont on aurait tort de s’arrêter à la dimension purement technique, car ce sont en fait deux visions très différentes de Bitcoin, et surtout deux compréhensions différentes de ce qui en constitue la valeur qui s’y opposent.

Un tel article m’a semblé nécessaire pour plusieurs raisons :

  • L’information disponible à ce sujet est éparpillée sur des dizaines d’articles, de posts de blogs, de forums, de tweets, de reddit et de vidéos sur ces 3 dernières années. Tenter de résumer l’essentiel de notre argument dans un texte clair et concis permettra de donner un sens à cette masse d’informations qui risque autrement fort de rester inintelligible.
  • Cela est d’autant plus important que la bulle de 2017 a suscité de façon compréhensible un vif intérêt au-delà des cercles d’amateurs endurcis. On a vu arriver ces derniers mois une nouvelle vague d’utilisateurs, d’investisseurs ou de simples curieux qui, évidemment, ne comprennent rien à ce qui se passe (nous sommes tous passés par là). Malheureusement, les escrocs et les sociopathes de tout poil ont eux aussi rappliqué en masse, surexcités par une telle concentration d’idiots, dont on sait bien qu’il n’est pas difficile de les séparer de leur argent.
  • On pouvait penser que le hardfork de Bcash en août 2017 avait définitivement tranché le débat et que, chacun ayant une chaîne répondant à ses attentes, tout serait bien qui finit bien. Malheureusement, Bcash s’est rapidement mué en instrument d’agitprop au service d’une petite frange dirigée par un escroc patenté et un sociopathe narcissique qui poussent depuis quelques temps la fiction que Bcash est le seul et unique Bitcoin. Je n’y avais guère prêté attention avant de constater récemment que des gens informés et intelligents pouvaient eux aussi tomber dans le panneau. Mais le problème s’étend de toutes façons bien au-delà de Bcash, donc n’en parlons plus pour l’instant.

Prémisses

Le sujet est complexe et pourrait faire l’objet de volumes entiers. Afin de garder cet article le plus concis possible, j’accepte comme hypothèse les points suivants sans chercher à les argumenter (en partie également car je l’ai déjà fait ailleurs) :

  1. Bitcoin n’est pas un “business”, ni une monnaie et encore moins un réseau de paiement, c’est un logiciel, du code, de l’information, c’est tout.
  2. Exécuté par un réseau de pairs, ce code permet de générer, sécuriser et échanger des objets numériques rares et rivaux, communément appelés bitcoins.
  3. Les règles du protocole que suivent ces utilisateurs ont été conçus dans un objectif bien précis : créer un “système pair à pair de cash électronique”. Petite mise au point : contrairement à une erreur largement répandue (ignorance que les propagandistes de Bcash exploitent sans vergogne), cash ne signifie pas “petite monnaie” ou “microtransaction”. Le cash est simplement une forme d’argent qui a sa valeur en soi et permet le règlement immédiat d’une dette, contrairement à un chèque ou à une carte de crédit qui nécessite l’intervention d’un tiers. Historiquement, le cash, c’est l’or, souvenez-vous en la prochaine fois que vous lirez “Bitcoin a trahi la vision de Satoshi, qui était de faire du cash électronique, pas de l’or électronique”.
  4. La valeur de Bitcoin réside donc dans sa capacité à permettre l’émergence d’un système monétaire dont aucun acteur ne peut modifier les règles à son avantage. Cela est rendu possible par le choix de réaliser un réseau de pairs, c’est-à-dire d’égaux, qui contribue à garantir que les règles du jeu restent les mêmes pour tous. Bitcoin n’est en aucun cas une démocratie, ce qui impliquerait qu’une majorité nécessairement définie de façon arbitraire pourrait imposer ses décisions à la minorité. Chaque pair est libre de mettre en œuvre les règles qu’il souhaite et d’en subir toutes les conséquences.

Trois arguments définitifs en faveur du maintien des petits blocs

  1. Bitcoin impose nécessairement un compromis entre “facilité de transaction” et “facilité de validation”, mais la facilité de validation est plus critique et doit être préférée sur la facilité de transaction. Autrement dit, il ne faut jamais sacrifier une parcelle de facilité de validation pour obtenir davantage de facilité de transaction.
  2. À l’heure actuelle, il n’y a pas d’alternatives sérieuses à la mise en place d’un nœud personnel pour valider les transactions et s’assurer du respect du protocole par les autres acteurs. Augmenter la taille des blocs augmente les requis techniques, garder les blocs petits abaisse au contraire la barrière à l’entrée à mesure que le hardware à disposition du grand public gagne en performance.
  3. Bitcoin est une opportunité unique, en cas d’échec nous n’aurons probablement pas de deuxième chance de faire croître de façon organique et réellement anarchique un autre système monétaire. Chaque modification doit être entreprise avec une prudence extrême, en particulier quand cela concerne le protocole, et même si cela peut déranger les adeptes du “il faut faire quelque chose”, ne rien faire est souvent une solution tout à fait pertinente quand il s’agit de Bitcoin.

Le nécessaire compromis entre nombre de transactions et facilité de les valider

Au cas où vous auriez été exposé à la blockchain bullshit inventée par les consultants pour vendre du POC, il est bon de rappeler l’évidence suivante : la blockchain n’est pas une baguette magique, c’est un dispositif qui remplit un objectif précis, à savoir prévenir la double dépense dans un système décentralisé et ouvert.

Ce qui fait de Bitcoin à la fois un système totalement ouvert et totalement sûr, c’est la possibilité donnée à tous les utilisateurs d’auditer et de valider l’intégralité des transactions jamais effectuées sur le réseau. C’est cette redondance extrême des validations qui rend Bitcoin possible, mais qui impose également des restrictions et des compromis. L’un de ces compromis est entre le nombre de transactions que le réseau peut traiter par seconde (ou transactions output) et la facilité avec laquelle ces transactions sont diffusées et vérifiées par les pairs du réseau.

Contrairement à ce que beaucoup voudraient vous faire croire, il n’y a pas de repas gratuit : si vous augmentez le nombre de transactions inscrites sur la blockchain en vous contentant de faire des blocs plus gros ou plus rapprochés, vous imposez fatalement à tous les pairs de contrôler et relayer davantage d’informations, ce qui augmente les requis techniques pour opérer un nœud, avec le risque réel qu’une partie du réseau devienne incapable de se synchroniser. Il ne s’agit pas de simples spéculations théoriques, c’est ce qui se passe depuis quelques temps sur Ethereum par exemple.

Faisons deux hypothèses extrêmes (et un peu absurdes) pour le besoin de notre argument. Imaginons que la blockchain de Bitcoin s’incrémente de :

  1. 1 bloc de 200ko toutes les heures : les requis techniques sont très faibles, ce qui permet de synchroniser la blockchain de Bitcoin sur à peu près n’importe quel appareil disposant d’une connexion internet. En revanche, le nombre de transactions que le réseau pourrait absorber sur une période donnée deviendrait extrêmement limité. Effectuer une transaction sur la blockchain de Bitcoin ne serait rationnel économiquement que dans des cas très particuliers, comme des transferts de fortes sommes d’argent à l’international, ou pour échapper à des tentatives de gel ou de contrôle de capitaux notamment de la part d’un gouvernement.
  2. 1 bloc de 1Go toutes les 2 secondes : la blockchain de Bitcoin peut absorber un nombre gigantesque de transactions par seconde, tout le monde l’utilise quotidiennement pour des micropaiements comme pour s’acheter un café par exemple. En revanche, les requis en termes de puissance de calcul et de bande passante pour opérer un nœud sont tellement énormes que seule une poignée d’acteurs (mineurs, grosses entreprises ou gouvernements) peuvent se le permettre.

Dans le premier cas, on obtiendrait certes une situation que beaucoup d’utilisateurs jugeraient aujourd’hui pénible. Beaucoup de cas d’usage ne seraient plus viables et l’adoption massive de Bitcoin par le grand public serait sans doute retardée. En revanche, cette situation extrême préserve le cas d’usage, celui qu’aucun autre service ne peut proposer à part Bitcoin : peer-to-peer electronic cash.

Le deuxième cas en revanche est séduisant, n’est-ce pas ? Et pourtant c’est une défaite totale : Bitcoin est mort, et a été remplacé à votre insu par paypal 2.0. Félicitations, vous avez réinventé le système actuel, et le jour où les 3 ou 4 entreprises en mesure d’entretenir des nœuds décideront de relever la limite de 21 millions de bitcoins ou tout autre modification de protocole à leur avantage, vous n’y pourrez rien, vous n’êtes pas pair du réseau.

Revenons à la réalité. Les choses sont évidemment beaucoup plus nuancées, mais on peut d’ores et déjà estimer que dans ce dilemme Bitcoin penche déjà un peu trop du côté de la facilité de transaction. Pourquoi ? Le réseau fonctionne aujourd’hui dans des conditions relativement idéales : les infrastructures internet mondiales sont suffisamment intégrées et performantes, aucun État n’a rendu illégal le minage ni la possession d’un nœud Bitcoin.

En dépit de ces conditions favorables, le minage tend déjà à se centraliser et nombre d’utilisateurs se contentent encore de laisser leurs bitcoins sur une plateforme d’échange ou un client léger. Que se passerait-il si demain l’internet chinois se trouvait isolé du reste du monde ? Si plusieurs États décrétaient une véritable interdiction de Bitcoin, avec saisie de tout ce qui se trouve sur les exchanges en ligne et tentative de localiser et de confisquer les nœuds en opération ?

Bitcoin a été conçu pour fonctionner dans les conditions les plus difficiles possibles, mais nous, sommes-nous vraiment préparés à cela ?

Pour être un pair sur le réseau Bitcoin, il faut avoir son propre nœud

Être un pair, cela signifie ne dépendre de personne pour être en mesure de valider n’importe quelle transaction ainsi que le respect du consensus par les autres pairs. Aujourd’hui cela n’est possible qu’en opérant son propre nœud.

Une analogie avec l’or peut être utile pour comprendre pourquoi ce contrôle exercé par l’ensemble des pairs est capital.

L’or est la meilleure monnaie que l’humanité ait jamais eu… jusqu’à ce qu’il échoue et cesse d’être la base de notre système monétaire il y a un siècle environ.

L’or présente certes toutes les qualités de la monnaie par excellence, forte valeur par unité, durabilité, divisibilité etc, mais a aussi des défauts très gênants. Les coûts d’une transaction en or sont très élevés en raison de la nécessité de vérifier avec exactitude la qualité de l’or, surtout si l’opération doit être répétée à chaque transaction.

Une solution classique à ce problème est de déléguer la vérification à une autorité censé garantir qu’une pièce contient une certaine quantité d’or de tel aloi. Une autre solution un peu plus évoluée consiste à remettre son or en dépôt à une banque, qui nous remet en échange des instruments fiduciaires (lettres de change, chèques, lettres au porteur etc) qui nous permettent d’effectuer nos paiements beaucoup plus simplement.

En procédant ainsi, les acteurs économiques délèguent en réalité le contrôle sur leur bien au vérificateur : ce sont les fameux risques de contrepartie, ceux que Bitcoin a précisément été inventé pour supprimer. Le vérificateur finit en effet systématiquement par abuser de son pouvoir : les souverains ont toujours dévalué la monnaie dont ils étaient censé garantir la pureté. Les banques ont toujours émis davantage de billets échangeables en or que ce qu’elles possédaient réellement dans leurs coffres.

Sous Dioclétien, l’aureus n’a plus que la moitié de la valeur qu’il avait sous César

Les crises bancaires du XIXème siècle ont entraîné la création des banques centrales que nous connaissons aujourd’hui, qui sont devenus de gigantesques single point of failure du système de l’étalon-or. Après quelques décennies, au début de la 1ère guerre mondiale, les gouvernements européens n’ont plus eu qu’à en saisir les stock d’or pour financer leur effort de guerre.

Pour éviter d’admettre les proportions dans lesquels la monnaie a été dévaluée durant le conflit, ce qui aurait été politiquement désastreux, il était plus simple de ne pas revenir à l’étalon-or une fois la paix rétablie.

Ce qui permettra à Bitcoin d’éviter le même destin que l’or, c’est la facilité d’auditer non seulement ses propres transactions, mais aussi toutes celles qui ont eu lieu depuis l’origine du réseau. Opérer un nœud Bitcoin revient en effet à tester les bitcoins échangés dans toutes les transactions jamais effectuées pour garantir qu’il s’agit bien de “vrais” bitcoins, ce qui est infiniment plus puissant et plus efficace que les tests possibles pour l’or. Ne pas utiliser son propre nœud revient à s’en remettre à une autorité pour contrôler la qualité des bitcoins que VOUS possédez, recréant ainsi la configuration qui a amené à la situation actuelle dans le cas de l’or.

Nous n’aurons pas de seconde chance

Il existe aujourd’hui plusieurs centaines d’altcoins. L’immense majorité ne sont que de pales copies de Bitcoin, néanmoins certains soutiennent que les altoins pourraient coexister avec Bitcoin, ou même qu’un de ces altcoins pourraient le supplanter à terme. Cela semble improbable pour deux raisons :

  • Une des promesses de Bitcoin est que le nombre de bitcoins en existence ne dépassera jamais 21 millions. Créer des altcoins est une façon de contourner cette limite et de susciter une forme de création monétaire qui dilue à la fois la valeur de chaque bitcoin et aussi celle de chaque altcoin. Ce n’est pas une stratégie viable sur le long terme, et lorsque la bulle crypto éclatera il ne pourra subsister qu’une seule crypto-monnaie dominante, Bitcoin.
  • Bitcoin est la seule occurrence d’une monnaie dont la croissance a été organique et réellement anarchique. Tous les altcoins sans aucune exception sont de facto dirigés par une ou plusieurs personnes que tous reconnaissent explicitement ou implicitement comme leur propriétaire légitime. Ces “leaders” constituent un point unique de défaillance, ils peuvent être aisément corrompus ou éliminés. Il y a une forme d’immaculée conception de Bitcoin qu’aucun altcoin ne sera jamais en mesure de reproduire.

Le deuxième point a une autre implication intéressante : une personnalité ne peut devenir et rester influente dans Bitcoin qu’en agissant toujours dans l’intérêt du projet, et perd toute influence aussitôt qu’elle trahit des intentions malveillantes ou simplement égoïstes.

S’il est difficile d’imaginer qu’Ethereum puisse survivre sans Vitalik Buterin à sa tête, en revanche personne n’est indispensable pour Bitcoin, et ces dernières années nous ont donné de nombreux exemples de “chutes” de ceux qui ont essayé d’en devenir les dictateurs (plus ou moins) bienveillants. Parmi eux, le “dauphin” désigné de Satoshi Nakamoto, Gavin Andresen.

Vitalik buterin portraitCette capacité à renouveler ses “élites” est une caractéristique à notre sens très sous-estimée de Bitcoin, et qu’on ne retrouve dans aucun autre projet.

Il est extrêmement douteux qu’aucun altcoin soit un jour en mesure de remplacer, ou même de coexister significativement avec Bitcoin. Si tel est bien le cas, alors nous n’avons qu’une seule chance de créer un système monétaire décentralisé et résistant à toute censure, et nous devons être extrêmement prudents avec toute modification de protocole qui pourrait compromettre la possibilité pour n’importe qui de devenir lui aussi pair du réseau.

Mais admettons, pour le besoin de l’argument, que Bitcoin pourrait en effet être remplacé par un altcoin qui présenterait les mêmes qualités et fonctionnalités que lui, mais qui lui serait supérieur. Quel mal y a-t-il alors à pécher par excès de prudence dans le développement de Bitcoin ? Même si le développement de Bitcoin venait à être compromis par excès de précautions, nous n’aurions alors qu’à attendre l’émergence d’un “nouveau” Bitcoin.

Mais parce que cette dernière hypothèse est très certainement fausse, il est beaucoup moins dangereux de pécher par excès de prudence que l’inverse, et donc de garder les blocs petits.

Conclusion

Il y a énormément de distractions dans les discussions autour de l’avenir de Bitcoin, ce qui nous empêche de nous poser les vraies questions : qu’est-ce que Bitcoin ? Pourquoi a-t-il autant de valeur ? Quels sont les risques qui pourrait annihiler cette valeur et comment les éviter ?

Bitcoin est encore à un stade de développement précoce qu’il faut réussir à penser sur plusieurs décennies, beaucoup de choses peuvent se passer mais ce qui est certain, c’est qu’il est difficile d’imaginer un scénario dans lequel Bitcoin échoue uniquement car il ne permet pas d’effectuer des microtransactions on-chain. La réintroduction de risques de contrepartie, c’est-à-dire la possibilité pour un tiers de censurer ou d’inverser des transactions, ou encore bien pire, de modifier unilatéralement le protocole, est en revanche un scénario d’échec extrêmement probable et qui devrait tous nous préoccupper.

Les partisans de Bcash et des gros blocs en général commettent une erreur d’analyse fondamentale : ils pensent que Bitcoin est un réseau de paiement, et évaluent donc sa réussite en le comparant à Visa ou Paypal. Cela est absurde, car pour atteindre les performances en termes de vitesse de transaction qui permettraient à Bitcoin de concurrencer des réseaux de paiement centralisés, il est nécessaire de sacrifier la possibilité d’avoir des validateurs autres que les mineurs. Une fois que ces derniers sont les seuls pairs du réseau, comme dans le cas de l’or, ce n’est qu’une question de temps avant qu’ils n’imposent des changements de protocole.

Bien sûr, cela se fera avec les meilleures raisons du monde dans l’intérêt général et le pire, c’est que la décision de lever la limite des 21 millions sera accueillie avec indifférence par le public, ou pourrait même rencontrer un certain soutien avec la campagne de communication appropriée. Quand tout le monde le réclamera à corps et à cri, que seuls les mineurs, quelques grosses banques et sans doute le gouvernement possèderont un nœud, qu’est-ce que vous ferez, vous, contre la majorité de vos concitoyens ? On est en démocratie, non ?

Non ! Tout le sens de Bitcoin est justement de ne pas être une démocratie, de mettre la création monétaire hors de portée du politique. Si ce type de pressions redevient possible, alors Bitcoin n’a plus aucune raison d’être. La meilleure parade que nous ayons pour le moment est de favoriser le déploiement de nœud par le maximum d’individus

Cela procurerait les avantages suivants :

  • en cas de tentatives d’interdiction et de confiscation par un ou plusieurs gouvernements, notre meilleure protection est le nombre. Il serait trivial de confisquer leur ordinateur à 50 geeks à l’échelle d’un pays, nettement plus problématique de le faire pour des milliers d’ordinateurs, impossible si il y a un noeud sur chaque ordinateur du pays.
  • l’expérience des hardforks ratés de Bcash ou de S2X nous a enseigné qu’une attaque extrêmement bien organisée et qui avait le soutien des mineurs pouvait reculer face à la résistance des utilisateurs, dans la mesure où ces derniers possédaient leur propre nœud. Cela a constitué un démenti cinglant à la théorie de la “démocratie des mineurs”, qui voudrait que seuls les noeuds qui minent aient voix au chapitre, et que les décisions sur l’évolution du protocole se prennent au moyen d’une sorte de processus démocratique où le nombre de voix serait proportionnel au hashrate.
  • cela a également l’avantage de diffuser une culture de responsabilité et d’améliorer la compréhension de Bitcoin et de son fonctionnement.

Ce n’est évidemment pas suffisant, ni infaillible, mais si vous souhaitez que Bitcoin réussisse c’est encore la meilleure chose que vous puissiez faire.

Références

Je n’ai rien inventé des idées présentes dans cet article. J’ai été particulièrement inspiré par :

  • Un superbe tweet storm de Giacomo Zucco, qui a argumenté de façon très convaincante que si vous supportez Bcash, vous êtes vraiment stupides.
  • Un autre qui développe l’analogie avec l’or et explique pourquoi Bitcoin est moins vulnérable au risque aux fraudes perpétrées sur l’or (tant que vous avez un noeud bien entendu).
  • Un plus bref pour expliquer que tout ce que vous arriverez à montrer en opposant cash électronique et or électronique, c’est que vous ne comprenez le sens ni de l’un, ni de l’autre.
  • StopAndDecrypt a écrit plusieurs articles sur ces sujets au cours de l’année passée, dont je recommande chaleureusement la lecture.

17 thoughts on “Apologie des petits blocs

  1. Genesis dit :

    Bonjour,

    Article très intéressant qui résume bien les enjeux du bitcoin et cette unique opportunité qui s’offre au monde.

    Comment peut-on on prendre contact avec vous?

    Merci !

  2. Bob dit :

    Bonjour,
    Je suis nouveau dans l’espace crypto et je ne suis pas sûr de bien comprendre cette histoire de petits blocs vs gros blocs… je vois toujours des arguments contradictoires sur le sujet et ai du mal a me faire une opinion éclairée. Certains de mes proches utilisait Bitcoin avant la fourche pour transférer de la valeur et ont abandonné Bitcoin au profit de Bitcoin Cash après la “fork”, ce qui semblerait indiquer que Bitcoin Cash est supérieur à Bitcoin. Mais là l’article dit le contraire, alors qui croire?

    1. Sosthène dit :

      Personne. Continuez de lire les arguments des deux bords et essayez de vous faire votre propre idée.

  3. Factom dit :

    Bonjour,

    Je vais répondre à chaque point en vous citant. Je précise d’office que je ne suis pas pro bch, simplement je pense qu’il faut être moins tranché et que c’est loin d’être une shitcoin. En particulier je pense qu’il y a de la place pour ces deux monnaies et qu’elles ont pas le même objectif mais c’est un autre débat

    > “Le deuxième cas en revanche est séduisant, n’est-ce pas ? Et pourtant c’est une défaite totale : Bitcoin est mort, et a été remplacé à votre insu par paypal 2.0. Félicitations, vous avez réinventé le système actuel, et le jour où les 3 ou 4 entreprises en mesure d’entretenir des nœuds décideront de relever la limite de 21 millions de bitcoins ou tout autre modification de protocole à leur avantage, vous n’y pourrez rien, vous n’êtes pas pair du réseau.”

    En fait c’est déjà le cas avec BTC. Les mineurs ont déjà de l’équipement qui vaut très très cher donc d’une rajouter un peu d’argent pour supporter des plus gros blocs n’est pas un problème, et enfin il y a différents types de noeuds et les noeuds dont vous parlez (ceux qui ne votent PAS (car le point précédent montre qu’il y a autant de noeuds qui vote sur bch ou btc) augmentent plus sur bch que sur btc https://memo.cash/post/b7b0f3e842d0af364de45b954aa42770069e6d8a966fd4846b037e0e54aaa8d0 (désolé de la source))

    > “Nous n’aurons pas de seconde chance”

    On est en fait en train de la gâcher avec btc, déjà car l’adoption recule, ensuite car on laisse le développement de la monnaie aux mains d’une société (blockstream). Mais c’est un peu subjectif ce point je vous l’accorde

    > “lorsque la bulle crypto éclatera il ne pourra subsister qu’une seule crypto-monnaie dominante, Bitcoin.”

    Faux, même si on peut pas encore le savoir. Ethreum n’a pas le même objectif que btc, bch de même, Radix de même. Chaque monnaie aura son marché (bch celui de l’adoption, car btc ne peut pas concurrencer avec le LN bch sur ce terrain, mais seul l’avenir nous dira qui gagnera la course de l’adoption), par exemple eth apporte les smarts contracts et à la fin de la bulle une monnaie avec smart contract en sortira car il y a un besoin de ce côté
    (Je suis d’accord avec vous sur le fait que les copies d’autres monnaies seront probablement balayés mais vous utilisez mal cet argument et en plus implicitement contre bch donc je me devais d’intervenir)

    > “il est beaucoup moins dangereux de pécher par excès de prudence que l’inverse, et donc de garder les blocs petits.”

    On tue notre seule chance en limitant le nombre de transactions qu’on peut faire on-chain. Même le papier du Lightning Network clame qu’on a besoin d’au minimum 100Mb par block pour que ça marche …

    > “il est difficile d’imaginer un scénario dans lequel Bitcoin échoue uniquement car il ne permet pas d’effectuer des microtransactions on-chain”

    Il est facile d’imaginer un scénario dans lequel Bitcoin échoue uniquement car à certaines périodes de l’année il faudra payer 50€ pour une transaction/ouverture d’un canal de paiement

    > “il est nécessaire de sacrifier la possibilité d’avoir des validateurs autres que les mineurs”

    Bch compte garder ses transactions 0-conf qui fonctionnent justement car il y a énormément de validateurs. Les statistiques que j’ai link plus haut montrent justement qu’il y en a de plus en plus contrairement à btc

    > “qu’est-ce que vous ferez, vous, contre la majorité de vos concitoyens ? On est en démocratie, non ?”

    On passera sur une autre monnaie. Comme on vient de le faire pour bch

    > “La meilleure parade que nous ayons pour le moment est de favoriser le déploiement de nœud par le maximum d’individus”

    Je conçois que ça peut être contre intuitif mais avoir une monnaie qui est de plus en plus refusé par les marchands diminue le nombre de ces nœuds

    Je rajoute en dernier point que le Lightning Network fait “pression” sur la taille des nœuds. Les arguments seront “on a le LN qui marche bien pourquoi augmenter la taille des noeuds ?” juste parce que blockstream touchera énormément d’argent sur ces canaux de paiements, jusqu’à interdire les paiements btc on chain (les gens diront rien puisqu’ils peuvent payer avec le LN), c’est possible dans certains pays grâce au OP_RETURN, faudrait que je retrouve un mec avait partagé ça sur memo mais j’avais jamais approfondit
    Et au contraire je pense sincèrement qu’il faut d’abord augmenter la taille des blocs, avoir une adoption “massive” des monnaies électroniques et ensuite réfléchir à des solutions comme le LN ou Casper ou je ne sais quoi. Car je trouverais très improbable que les mineurs obtiennent suffisamment de pouvoir pour modifier vraiment les règles, contrairement au “pouvoir” requis par blockstream pour imposer ses solutions

    Merci de m’avoir lu ! Merci de votre article qui fait réfléchir ! Et désolé de cette réponse un peu longue, vous m’en excuserez

    1. Sosthène dit :

      Merci de votre commentaire très argumenté et courtois, même si malheureusement nous sommes profondément en désaccord. Je vais essayer de reprendre les choses point par point de la façon la plus claire possible.

      1. Sur la centralisation du réseau : dissuader les utilisateurs d’utiliser un full node est un des éléments de langage récurrents de la com’ de Bcash. Le nombre de full nodes (“qui ne minent pas”) est très facile à gonfler artificiellement, il suffit de louer des serveurs et d’installer de nouveaux nœuds en masse. Bcash étant coutumier de ce type de communications foireuses, je prendrai donc ces chiffres avec de (grosses) pincettes.

      Il y a quelques mois, Bcash a forké pour gonfler la taille de ses blocs à 32Mb, 80% des nœuds ont forké de concert, les 20% restant sont restés sur le carreau. Je pense que cela donne une bonne idée de la part de nœuds “organiques” (réellement sous le contrôle d’utilisateurs), c’est-à-dire la seule qui compte réellement.

      2. Sur l’adoption : définissez “adoption”. Manifestement, vous entendez par ce mot le nombre de transactions par seconde ou peut-être la proportion d’utilisateurs qui dépensent des bitcoins pour leurs achats quotidiens. Comme je l’ai dit dans l’article, évaluer la réussite de Bitcoin selon ces critères signifie que l’on n’a pas compris ce qu’était Bitcoin.

      Je ne saurais pas définir exactement la meilleure mesure de l’adoption de Bitcoin, mais je pense que deux critères seraient relativement pertinents :
      * La préférence des utilisateurs de transformer et conserver une proportion de plus en plus significative de leur monnaie fiat en bitcoins, ou ce qu’on pourrait appeler plus simplement la proportion de HODLERS. Pas évident à quantifier précisément cela dit.
      * La proportion de pairs parmi les utilisateurs, c’est-à-dire d’utilisateurs qui possèdent leur propre nœud ET qui l’utilisent pour leurs échanges. Pas forcément évident à quantifier non plus.

      3. Sur l’existence des altcoins : de deux choses l’une :
      * soit l’altcoin a la même proposition de valeur que Bitcoin (monnaie à stock fixe, contrôle décentralisée aux utilisateurs, résistance à la censure)
      => Mon argument est toujours que Bitcoin, étant le premier de son genre, a réussi à croître suffisamment de temps sous les radars des régulateurs et du grand public (ce que j’appelle une croissance organique et anarchique). Ce type de développement est essentiel à la réalisation des objectifs de Bitcoin, et je ne parierais pas sur le fait que l’on puisse la reproduire un jour. La possibilité que d’autres altcoins “réussissent” compromet en revanche la limitation sur le stock monétaire (on réintroduit de l’inflation du stock monétaire en créant des altcoins), ce serait donc un double fail.
      * soit l’altcoin n’a pas le même objectif que Bitcoin (smart-contracts, règlements interbancaires…)
      => Cet objectif ne sera-t-il pas mieux atteint en utilisant une autre technologie que celle de Bitcoin ? Si l’objectif n’est pas d’éliminer simultanément le risque de contrepartie ET le risque de double-dépense, vous n’avez pas besoin d’une blockchain, et a fortiori d’un altcoin.

      4. Sur les fees : les fees à 50€, c’était principalement les clampins qui utilisaient des services de custody merdiques ou des wallets du même tonneau, qui plus est sur une période très courte en fin d’année dernière. Personnellement, je n’ai jamais payé autant, même de loin.

      Aujourd’hui, envoyer l’équivalent de dizaine de millions d’euros en bitcoins vous coûterait une poignée de centimes, et encore si vous êtes pressés, je fais régulièrement ces derniers mois des transactions à < 200 sat, ce qui représente moins de 1ct d'€. Mais admettons que les frais par transaction soit réellement de 50€ et que ce soit une situation peut-être pas permanente, mais du moins suffisamment fréquente. Je maintiens que la proposition de valeur de Bitcoin est intacte : * Stock fixe ? Aucun impact * Contrôle décentralisé par les utilisateurs ? Aucun impact * Résistance à la censure ? Cela représente sans doute un ticket d'entrée rédhibitoire pour les individus en danger immédiat (spirale inflationniste non anticipée, risque politique...) dont tout l'argent en leur possession représenterait un montant très faible (< 1000€ ?), mais dans leur cas Bitcoin n'est de toute façon pas la solution à leurs problèmes les plus pressants... Concrètement, des frais de transaction qui se stabilisent à 50€ signifieraient juste que les utilisateurs estiment que 50€ est un prix qu'ils sont prêts à payer pour le service rendu par une transaction Bitcoin. L'erreur est de ne pas penser ces frais de transactions comme un marché avec une offre et une demande, mais d'exiger que "les autres" subventionnent une utilisation du réseau pour laquelle nous ne sommes nous-mêmes pas prêts à payer le vrai prix. Les transactions Bitcoin ne sont pas gratuites, il faut que quelqu'un paie, et si l'on est d'accord que la caractéristique la plus précieuse de Bitcoin est la décentralisation de l'audit des transactions à tous les utilisateurs, alors il faut être prêt à en payer le prix et à maintenir les blocs petits pour favoriser au maximum cette décentralisation. Quant à vos différents points sur Blockstream, vous me permettrez de ne pas y répondre, je voudrais maintenir cette conversation dans le domaine du rationnel, merci. Ce commentaire est de toutes façons déjà bien trop long...

      1. Factom dit :

        Merci pour votre réponse et excusez mon délai de réponse, je pensais que mon commentaire n’allait pas être accepté

        > “Le nombre de full nodes (“qui ne minent pas”) est très facile à gonfler artificiellement, il suffit de louer des serveurs et d’installer de nouveaux nœuds en masse”

        Effectivement la communication de la communauté bch est souvent agressive, mais avez vous une source qui appuie votre propos ? Et comment expliquez vous que le nombre de nœuds de btc chute de plus de 17% dans les dates indiquées plus haut ? (Je veux bien concevoir que la communauté bch aurait instalé des nœuds btc pour ensuite les desactiver pour produire ce chiffre hallucinant mais ça me paraît trop irréaliste)

        Concernant l’adoption je voyais ça du côté des marchands. Bitcoin étant une monnaie elle est faite pour être dépensée (et non accumulée dans le but d’une hausse future, car n’importe quel actif qui monte intéresse les spéculateurs)

        > “=> Cet objectif ne sera-t-il pas mieux atteint en utilisant une autre technologie que celle de Bitcoin ? Si l’objectif n’est pas d’éliminer simultanément le risque de contrepartie ET le risque de double-dépense, vous n’avez pas besoin d’une blockchain, et a fortiori d’un altcoin.”

        Ethereum utilise une blockchain et permets autre chose que bitcoin, mais peut être qu’une autre technologie qu’une blockchain est plus adaptée et donc que vous avez raison mais seul le marché nous le dira et ça me paraît pas évident

        Sur le fees à 50€ … Que dire ? Vous avez l’air de trouver ça normal qu’on doivent payer 50€ pour faire une transaction bitcoin, personnellement je trouve ça indécent (et par ailleurs le fait que le prix se stabilise à 50€ n’est pas ce prix la, c’est long d’expliquer mais la chaîne btc ne sert pas qu’à payer (par exemple ouvrir un canal sur le Ligthning Network (les gens sont prêt à payer plus pour ça), garrantir la sécurité du Komodo qui utilise en permanence la chaîne btc (et ils sont prêt à payer beaucoup plus que 50€, si on ouvre un canal vers quelqu’un il nous paiera en partie ce prix, ect), ect) donc je ne pense pas que si le marché stabilise le prix à 50€ alors ça sera le prix qu’on est prêt à payer pour une transaction mais c’est un détail)

        Concernant Blockstream, c’est une vérité et non de la spéculation que si le LN est disponible beaucoup moins de personnes voudront augmenter la taille des blocks, de même c’est une vérité qu’ils ne font pas ça gratuitement (ils n’auraient pas pu lever des fonds sinon), qu’à terme c’est possible qu’on exige un minimum de frais pour chaque transaction (encore pour augmenter la décentralisation alors que c’est complètement faux et qu’il faut augmenter les blocks et baisser les frais pour justement augmenter cette décentralisation), que le LN est un réseau centralisé : il n’y aura que quelques hubs chez qui il faudra ouvrir un canal pour utiliser son argent, ça revient au système actuel des banques, et ainsi de suite
        Ce commentaire est d’assez basse qualité, mes excuses, probablement car on est trop en désaccord pour obtenir une discussion de qualité en répondant chacun sur les points de l’autre je pense. Merci de votre attention en tout cas

        1. Sosthène dit :

          – Concernant les variations du nombre de full nodes, ce n’est pas une information si facile à avoir, de mémoire on ne connaît de façon certaine que le nombre de “listening nodes” (= qui accepte les connexions entrantes).
          Les chiffres que vous donnez prouvent donc seulement une chute du nombre de “listening nodes”, et à ma connaissance personne n’est en mesure de donner un chiffre exact du nombre total de nodes sur le réseau (j’ai souvent vu qu’il y aurait 10 fois plus de non-listening nodes, mais c’est une estimation à la louche).
          Je n’ai jamais sous-entendu que des partisans de Bcash ont eux-mêmes créé des nodes BTC pour les débrancher ensuite et plomber les stats (même si cela est possible, je n’ai jamais rien vu dans ce sens), je voulais dire que la hausse du nombre de nodes Bcash ne signifiait en soi pas grand-chose si tous ces nodes étaient situés dans le même data-center de Bitmain à Hangzhou…

          – Définition de l’adoption : c’est un débat un peu trop large pour un commentaire, mais dire que la monnaie est faite pour être dépensée est extrêmement réducteur (l’épargne est une fonction aussi sinon plus importante).
          Si vous vous limitez à cette façon de définir le rôle monétaire de Bitcoin, vous reconnaissez in fine qu’il ne s’agit que d’un réseau de paiement, ce qui selon moi est complètement faux.

          – Sur les frais de transactions, vous vous laissez emporter par des considérations morales (“indécent”), alors que l’objet du débat est le service rendu par Bitcoin et sa viabilité économique. Comme vous le dites au sujet d’Ethereum, “le marché nous le dira”, pourquoi cela ne s’appliquerait pas ici ? En admettant que certains services utilisent la blockchain de Bitcoin d’une façon qui vous déplaisent et arrivent à être rentables de cette façon, que pouvez-vous y faire même si cela tire vers le haut les frais de transactions ? C’est un réseau décentralisé et incensurable, vous n’avez ni le droit, ni le pouvoir de les en empêcher.
          De toutes façons les frais à 50€, ça n’existe pas.

          – Blockstream et lightning : ne le prenez pas mal, mais je pense que vous avez été intoxiqué par vos sources sur ce sujet. Lightning n’est pas un logiciel commercial de Blockstream, c’est un projet open source avec aujourd’hui 3 implémentations opérationnelles (dont 1 seule réalisée par Blockstream), et à ma connaissance 2 autres implémentations en développement mais à un stade moins avancé.
          Diminuer la pression sur l’augmentation de la taille des blocs est précisément l’objectif de lightning et de l’approche “layer 2” en général, je ne vois pas le problème.
          Le risque de “cadenassage” du réseau lightning par des hubs qui agiraient comme des banques est un fantasme de bcashers, le réseau lightning est aussi permissionless que Bitcoin ou Bcash, les paiements utilisent la technologie tor (un node qui relaie un paiement ne peut pas savoir d’où il vient, où il va ni à quelle niveau il se trouve dans la chaîne), et des hubs qui tenteraient de créer un monopole pour augmenter abusivement les frais créent des incitations fortes pour d’autres acteurs de les contourner.
          Certes lightning présente encore des difficultés indéniables (en particulier sur le routage des transactions et la liquidité), mais les problèmes que vous évoquez… n’existent tout simplement pas.
          Je vous invite à tester vous-même lightning pour comprendre, une façon simple de le faire serait d’installer BTCPay server et de le lancer sur le testnet, ce qui vous permettra d’avoir rapidement opérationnel un full node bitcoin et une implémentation de lightning sans vous prendre la tête avec l’installation. Récupérez des tBTC sur un faucet, puis dessiner sur satoshi’s place.

          1. Factom dit :

            Bon au début je voulais pas vous répondre, mais puisque je me suis trop laissé emporté par l’euphorie du stressday j’ai décidé de prendre ma dose hebdomadaire de pensée objective avec vous 🙂

            Bitcoin est une monnaie, rien de plus. Tous les autres aspects découlent du fait que ça peut être facilement dépensé. L’épargne vient de la elle n’est pas première
            Quelqu’un avait argumenté sur ce point en disant que c’était la même chose pour les pianos : un piano sert à jouer des belles notes, montre du prestige, et ainsi de suite. Et tout le reste décolle juste du premier point. Il faut uniquement se concentrer sur ce premier point dans l’élaboration d’une monnaie et le reste viendra tout seul. Bitcoin est de l’argent, rien d’autre.

            Si on veut appliquer le “marché” aux frais de transactions il faut complétement supprimer la limite sur la taille des blocks, sinon ça n’a aucun sens.

            Enfin non j’ai pas été “intoxiqué”. Ce n’est pas un fantasme que ça va conduire à un oligopole (c’est déjà ce qui commence à se produire en main net même si c’est pas du tout représentatif de la situation qu’on aura une fois le réseau mature).
            Et ce n’est pas un fantasme que cet oligopole va en abuser, sur ce point j’ai essayer de chercher partout sur Internet des preuves qui montrent que le LN auraient des frais inexistants, et le seul argument qui revient est “le libre marché conduit à des frais nuls”, et j’y crois pas du tout, vraiment. J’ai pas envie de trop détailler (car si ça n’a pas été fait sur Internet c’est que c’est peu pertinent) mais rien que le coût plancher est trop haut ( https://pastebin.com/waU5TN4E : 2 centimes sur 10€ comme prix plancher, calcul fait à l’arrache en approximant, mais personne veut des frais si haut. Et non ce n’est pas le prix de la décentralisation ) et le libre marché ne conduit pas à ce prix la : les possesseurs de cet oligopole vont être extrêmement agressif pour le protéger. Actuellement faketoshi (je crois) menace d’attaquer les chaines qui essayent de concurrencer sa chaine. Ça sera la même chose mais en bien pire car il n’y aura presque aucune perte économique de la part de cet oligopole d’agir de la sorte (alors que faketoshi va perdre beaucoup de hashrate pendant longtemps le temps de tuer les différentes chaines, cette concurrence la est beaucoup plus saine).
            Je ne parle même pas de cette aberration “le réseau lightning est aussi permissionless que Bitcoin ou Bcash”, c’est un réseau où une unique personne peut t’interdire de dépenser ton argent (car les utilisateurs du quotidien n’auront déposé de l’argent dans plusieurs canaux), contrairement à bch où il faut posséder +51% du hashrate pour faire ça.
            Je pense qu’on faire des transactions par tor sur bch (et quasi toutes les cryptos), il suffit d’envoyer à un mineur sa transaction avec tor, j’ai jamais essayé mais ça doit se faire facilement je pense.

          2. Sosthène dit :

            – Bitcoin est une monnaie, rien de plus : non, objectivement Bitcoin est du code, qui permet de générer des objets aux propriétés nouvelles et encore mal connues, car ils sont à la fois numériques, rares et rivaux, objets généralement appelés “bitcoins”. Les propriétés monétaires de ces objets sont la conséquence de certaines de leurs caractéristiques, notamment leur rareté qui pour le coup dépend complètement du fait qu’il y ait une décentralisation suffisante sur le réseau.
            En fait, à part les monnaies fiat, rien est “une monnaie, et rien de plus”.
            – même en admettant que Bitcoin n’est “qu’une monnaie”, une monnaie a au moins autant, et même davantage vocation à être épargnée que dépensée. Une des caractéristiques de l’état d’hyperinflation est que le pouvoir d’achat de la monnaie s’érode si vite que littéralement n’importe quoi d’autre devient une meilleure réserve de valeur. Le bolivar est une monnaie qu’on dépense très bien, en fait, personne ne veut la garder et s’empresse de la dépenser le plus vite possible. Ça ne dure pas très longtemps en général.
            Nous sommes d’accord sur le fait qu’il suffit que Bitcoin joue parfaitement le rôle qu’on attend d’une monnaie pour qu’il soit adopté comme tel, mais nous ne sommes pas d’accord sur ce qu’est une monnaie. Je suis assez confiant sur ma définition, d’autant plus qu’il existe plusieurs versions de Bitcoin basées sur votre paradigme depuis plusieurs années (Bcash n’est pas la première, Dogecoin, Litecoin et Dash partagent déjà une vision assez proche), et que leurs résultats sont ridicules en termes d’adoption. Je réviserai peut-être mon jugement quand l’une d’elle arrivera à faire au moins autant de transactions que Bitcoin.

            – le marché sur les frais de transaction n’a justement de sens que si les ressources sont limitées. Si les blocs peuvent grandir à volonté, vous créez simplement une incitation très forte chez certains utilisateurs (par exemple ceux avec des use cases débiles comme Satoshi’s dice) à flooder la blockchain, et à en faire supporter le coût par d’autres utilisateurs, en l’occurrence les mineurs (qui pourraient pour certains y trouver leur compte) et les utilisateurs de full nodes (qui eux en sont vraiment pour leurs frais).

            – LN est permissionless, parce qu’à partir du moment où vous avez un ordinateur personne ne peut vous empêcher de créer un noeud et d’ouvrir des canaux vers qui vous voulez, ni empêcher d’autres utilisateurs d’ouvrir des canaux vers vous. Au-delà du fait que je doute qu’il soit possible pour un noeud de bloquer les transactions d’un autre, même en admettant que cela soit le cas, et bien vous ouvrez un autre canal vers un autre noeud (le mien par exemple), ou même vous créez un nouveau noeud et vous ouvrez un nouveau canal vers le noeud malhonnête qui sera bien en peine de vous reconnaître si vous changez d’IP ou passez derrière tor.
            Je ne pense pas que broadcaster vos transactions BCH derrière tor vous permette de contourner un éventuel blocus par un ou plusieurs mineurs, car je pense que dans ce cas ils blacklisteraient vos UTXO (même si je ne pense pas que cela soit déjà arrivé). La confidentialité et l’incensurabilité des tx, ce n’est malheureusement pas aussi simple que de les broadcaster depuis tor…
            Enfin, concernant les guerres picrocholines de Bcash, je les trouve très distrayantes, mais ce n’est pas exactement ce que j’appellerai une concurrence “saine”, et je vous prédis que ça va très mal se terminer pour TOUTES les parties impliquées.
            Faites-moi signe si vous êtes de passage sur Paris, on pourra continuer à parler de ça autour d’une bière chez Sof 🙂

  4. devilsharp14 dit :

    Bonjour Sosthène,
    Merci beaucoup pour cet exposé très intéressant. Je n’avais pas encore saisi l’opposition “scalabilité/rapidité des transactions”. C’est maintenant chose faite 🙂

    Du coup j’ai fait mes recherches pour pouvoir faire tourner un nœud bitcoin chez moi 24/7.

    J’ai trouvé un tuto sur GitHub pour faire tourner un noeud complet sur un raspberry pi 3 connecté a un disque dur pour le stockage de la blockchain. Le parfait compromis pour une faible dépense énergétique et une moyenne de 10 connexions simultanée sur le nœud.

    Encore merci pour tes explications 😉

    1. Sosthène dit :

      Il doit s’agir du guide écrit par Stadicus, qui est effectivement excellent et très complet : https://github.com/Stadicus/guides

      Ravi d’avoir un pair de plus. Juste un petit point sur le nombre de connections :
      – par défaut un noeud cherchera à toujours contacter 8 autres noeuds, ce qu’on appelle donc des connections “sortantes”
      – si le paramètre “listening=1” est écrit dans le bitcoin.conf, le noeud va aussi accepter des connections “entrantes”

      Donc “10 connections simultanées” signifie en fait 8 connections sortantes et 2 connections entrantes. Là où je veux en venir, c’est que même s’il est utile d’avoir un noeud “à l’écoute” car cela permet à d’autres personnes de se synchroniser, ce n’est pas forcément utile d’accepter un nombre illimité de connections entrantes, surtout si on est sur du petit matériel comme un Pi.

      Par conséquent, je recommande d’ajouter également un autre paramètre “maxconnections” et de le fixer assez bas (personnellement je suis à 12). Par défaut, le nombre de connections possibles est très élevé, 125 je crois.

      Ou alors carrément se mettre en “listening=0” si on ne veut pas se compliquer la vie !

      1. devilsharp14 dit :

        Oui en effet c’est le guide de Stadicus.
        Merci pour ces précisions sur les connexions entrantes et sortantes.

        Stadicus préconise “maxconnections=40” et je pense que ça doit tenir le coup.
        J’ai un raspberry pi 3B+ qui normalement doit tenir le choc.

        J’ai observé un maximum de 20 connexions pour l’instant avec une charge CPU raisonnable et une charge RAM qui varie entre 500 et 700 MB. J’ai ajouté des dissipateurs thermiques et un petit ventilateur 3,3V au boitier. La température du CPU n’excède pas 35°C. Donc je suppose que tout est OK.

        A l’avenir je pense que la limite de cette installation sera la quantité de RAM disponible. Mais pour l’instant c’est OK.

        Je regarde régulièrement les logs et pour l’instant tout est opérationnel 🙂

        1. Sosthène dit :

          Pour autant que je sache, le pic de consommation de RAM se situe au moment de la synchronisation initiale, donc je ne pense pas que cela pourrait devenir un problème plus tard, enfin tant que les blocs ne grossissent pas en tout cas 🙂

          Je me suis inspiré du guide Stadicus pour faire un équivalent en français, quoique légèrement différent (je n’ai pas de Pi, mon objectif est de monter un noeud Bitcoin + LN sur un vieil ordinateur). Comme vous avez déjà un peu d’expérience, peut-être que vous pourriez me donner quelques conseils ? https://github.com/BobleChinois/guides

          1. devilsharp14 dit :

            D’accord, ça me rassure un peu. Oui j’espère que les blocs ne grossiront pas…

            Concernant, le portage en français du guide de Stadicus sur un vieux PC, c’est avec plaisir 🙂

            Je vais essayer de me dégager du temps pour regarder à ça de plus près. Le lien est dans mes favoris 😉

  5. Factom dit :

    “Je réviserai peut-être mon jugement quand l’une d’elle arrivera à faire au moins autant de transactions que Bitcoin.” Bitcoin était le premier c’est pour ça, mais effectivement il faut quelques propriétés évidentes que toutes les cryptomonnaies ont (et le fait de pouvoir être dépensé facilement que certains n’ont pas)
    Le marché n’a d’intérêt que lorsqu’il est libre. Limiter la taille des blocks c’est l’encadrer
    Retirer ses fonds puis les placer dans un autre canal prends des heures (et on peut perdre des fonds dans certaines situations ?), par contre cela exige +50% du hashrate de “blacklister” quelqu’un c’est vraiment différent. Ça doit être la volonté de la majorité des mineurs, et non d’une seule personne. On ne devrait pas avoir à demander la permission d’une personne pour dépenser son argent, c’est le cas avec les banques et le LN, pas sur la chaine. Si 2/3 nœuds font une pause on ne peut pas utiliser notre argent je crois. Si des mineurs font une pause ils ne pourront pas rollback la chaine et la monnaie peut continuer d’être utilisé. Si l’état américain veut interdire les dons pour Snowden il n’a qu’à “attaquer” ceux qui ont un canal avec lui, c’est facile ça sera soit des particuliers qui coopéreront ou bien des “banques” qui ne voudront pas se faire d’ennemis vu l’argent que ça va rapporter. Pour interdire les dons on-chain par contre il faudrait qu’ils aient la main sur Bitcoin, c’est beaucoup plus difficile, et utiliser tor ne change rien dans les deux cas en effet (il s’agit de blacklister une personne, pas une ip). Augmenter bêtement la taille des blocks est bien sur pas une solution miracle, mais le LN non plus malheureusement, en particulier certaines propriétés “magiques” de Bitcoin (et qui font son charme) disparaissent avec le LN. En particulier vous êtes ultra tranché sur votre opinion, c’est dommage
    C’est la façon dont ça doit se faire de toute façon, si ça finit mal c’est que la création de Satoshi est imparfaite. C’est possible mais je préfère le voir de mes propres yeux car j’en suis pas convaincu étant moins talentueux que lui
    Ça aurait été un plaisir de poursuivre ces échanges avec vous mais on a fait peut être le tour (d’où cette réponse rapide), il faudra attendre de voir ce que chaque projet donne une fois complétement implémenté ; cependant vous pouvez me joindre par email

  6. RomulanShip dit :

    Contenu pertinent et utile, Sosthène.
    Ravi de t’avoir découvert.
    Merci et à bientôt.

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